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Blasphème

 

Article de Thomas Hochmann à retrouver sur le site Encyclopædia Universalis
 

« Les opinions publiques s’affrontent de longue date à propos de la liberté de tenir des propos blasphématoires, et sur les éventuels excès que peut entraîner cette liberté. L’affaire des « caricatures de Mahomet », publiées d’abord au Danemark en 2005, a donné une nouvelle vigueur à cette polémique. Considérer la question du point de vue du droit donne un cadre concret au débat. Comprendre comment la loi et les juridictions abordent la question du blasphème au fil des siècles, dans les droits nationaux contemporains ou dans les conventions internationales permet d’aborder autrement que du point de vue de la simple opinion une question qui relève d’abord de la loi et de son application par les tribunaux.

 

 

Le mot « blasphème » désigne une action ou un discours hostile ou irrespectueux envers un dogme, une personne ou un objet vénéré par les fidèles d’une religion. Le terme est également utilisé de manière imprécise en référence à l’interdiction – ou à la non-interdiction – de ce type de comportement : on dira ainsi que « le blasphème n’existe pas en droit français », pour affirmer qu’il ne fait pas l’objet d’une interdiction juridique en France. De fait, cette restriction de la liberté d’expression tend à disparaître dans les sociétés occidentales, mais elle y persiste néanmoins sous différentes formes, et ses effets dépendent grandement de la manière dont elle est appliquée. Si la compatibilité des lois contre le blasphème avec la liberté d’expression est indiscutablement sujette à caution, celles-ci ne doivent pas être confondues avec les restrictions qui visent les propos hostiles aux croyants : la distinction entre le blasphème et le discours de haine est en effet devenue une question centrale. Un autre aspect du débat, qui sort du champ juridique, porte sur l’opportunité qu’il y aurait à tenir des propos blasphématoires, quand bien même ceux-ci sont ou seraient autorisés par la loi ».